Les atermoiements d'une politique forestière volontariste (XVIIIe-XIXe siècles) : l'action administrative et normative spécifique à la province "industrielle" de Tarentaise. (pp. 39-72) - Université Savoie Mont Blanc Access content directly
Conference Papers Year : 2014

The vicissitudes of a voluntary forest policy (18th-19th centuries): the administrative and normative action specific to the "industrial" province of Tarentaise. (pp. 39-72)

Les atermoiements d'une politique forestière volontariste (XVIIIe-XIXe siècles) : l'action administrative et normative spécifique à la province "industrielle" de Tarentaise. (pp. 39-72)

Le dilazione di una politica forestale proattiva nel Regno di Sardegna nel secolo dei Lumi e della Restaurazione. Il lavoro amministrative e legislative specifico alla provincia "industriale" di Tarentaise. (p. 39-72)

Abstract

Sur les Alpes de Savoie, de la proto-histoire à l’époque contemporaine, l’implantation humaine se réalise au détriment du couvert forestier trop souvent qualifié "d’originel", par convention, alors qu’il ne date à cette latitude et a fortiori à cette altitude, que du retrait rapide des derniers grands glaciers wurmiens, il y a sept à huit mille ans. Quoiqu’il en soit la mise en œuvre d’un modèle agropastoral ici dominant dès l’entame du deuxième millénaire avant l’ère chrétienne, même s’il parvient à la maturité au début des Temps Modernes, condamne l’équilibre fragile des massifs forestiers sévèrement mis à mal par les conséquences conjuguées de l’apogée de la civilisation de la vache et de son corollaire obligé de l’optimum démographique villageois. Or une source supplémentaire de pression sur ces massifs forestiers garants de la protection des sols contre l’érosion se développe irrémédiablement, en marge de ces contraintes pastorales ancestrales, à compter des premiers balbutiements modernes de la révolution des techniques. Avant la généralisation tardive de l’affectation du charbon de terre local à de telles activités, la naissance d’une industrie lourde de l’exploitation minière et chimique se fait en effet immédiatement grosse dévoreuse des bois d’œuvre et de combustible disponibles dans la contrée. Montagne à fromage par excellence la zone intra-alpine de Tarentaise, géologiquement comprise dans la zone houillère du briançonnais, ne se limite donc plus après cette date au seul support des alpages parmi les plus opulents du Royaume sarde le long de versants aux formes douces, patiemment érodés par le travail de sape des glaciers quaternaires. Le sous-sol du bassin de la Haute-Isère regorge également de richesses minérales intéressantes à l’échelle des modestes possessions continentales de la Maison de Savoie. En dépit des difficultés naturelles de leur exploitation une véritable industrie d’État, sans aucune commune mesure avec les formes traditionnelles de l’artisanat paysan séculaire, s’implante alors en ces lieux lors des dernières années du XVIe siècle en vue de l’exploitation du sel gemme tiré des salines de Bourg-Saint-Maurice, de Moûtiers puis de Conflans et de l’extraction du plomb argentifère des mines de Peisey-Nancroix et de Macôt travaillé plus bas dans la vallée, au sein de la fonderie Royale de Conflans. En quelques décennies le cumul de ces deux activités intensives, rurale et industrielle, conduit à l’épuisement de la ressource forestière au point de mettre en péril la pérennité d’activités d’intérêt stratégique pour la Maison de Savoie, en une époque où les théories dominantes du mercantilisme et de la physiocratie font des échanges économiques le prolongement naturel de la guerre quasi permanente à laquelle, sur le plan militaire, se livrent les nations en devenir. En marge de la jurisprudence constante du Sénat de Savoie et de ses règlements particuliers pour le duché, puis des premières dispositions législatives d’application générale à l’ensemble des États de Terre-ferme, Victor-Amédée II inaugure ainsi une politique forestière spécifique à la Tarentaise. Pendant plus d’un siècle, période intermédiaire évidemment exceptée, l’action administrative de l’intendance est singulièrement renforcée en la matière, s’appliquant notamment à transposer l’esprit du code forestier français de 1827 à la province, lors des dernières années du Régime sarde, sans toutefois parvenir à l’obtention de résultats probants. Certes de tels efforts législatifs et administratifs, au demeurant particulièrement impopulaires auprès des populations locales, ont laborieusement enrayé le marasme industriel prévisible et jugulé le caractère irréversible de la catastrophe écologique. Mais autrement que sous la forme résiduelle de maigres taillis coupés à blanc sans souci de leur régénérescence, la forêt tarine a pratiquement disparu à la veille de l’Annexion. Pourtant, malgré les résultats ouvertement insuffisants de cette tentative de réaction institutionnelle initiée par le pouvoir turinois, convient-il de saluer à travers cet exemple l’un des premiers essais modernes de mise en œuvre d’une politique globale — fut-elle limitée à une seule province, marque de fabrique de la résistance contemporaine de statuts régionaux particuliers à l’absolutisme princier — de gestion raisonnée d’une ressource naturelle aussi vitale que fragile.
Fichier principal
Vignette du fichier
Bruno Berthier, communication au colloque PRIDAES 5 (1).pdf (12.42 Mo) Télécharger le fichier
Origin Publication funded by an institution

Dates and versions

hal-01487088 , version 1 (10-03-2017)

Identifiers

  • HAL Id : hal-01487088 , version 1

Cite

Bruno Berthier. Les atermoiements d'une politique forestière volontariste (XVIIIe-XIXe siècles) : l'action administrative et normative spécifique à la province "industrielle" de Tarentaise. (pp. 39-72). Protection et valorisation des ressources naturelles dans les Etats de Savoie du moyen-âge au XIXe siècle. Contribution à une histoire du développement durable., Laboratoire ERMES (Université de Nice Sophia Antipolis) - Università di Torino, Oct 2011, Cuneo, Italie. 445 p. ⟨hal-01487088⟩
271 View
188 Download

Share

Gmail Mastodon Facebook X LinkedIn More